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Dans mes écrits je mentionne souvent la forte présence de graffiti sur notre commune. C’est vrai dans les métairies, les bâtiments civils et religieux, les rues, mais c’est aussi le cas dans le seul vestige militaire du village : le fortin de la Motte Grenet.
La monographie, que j’ai signée en mai 2003 pour l’association Expression-Hist, précise et décrit les ruines d’une enceinte bastionnée et le corps de garde (avec magasin et logements, voûtés et à l‘épreuve) qui demeurent de la fortification initiale. L’ouvrage militaire napoléonien érigé, comme les batteries du Chay, afin de permettre une défense côtière efficace face à la menace anglaise présente plusieurs graffiti remarquables. Mes relevés in situ inventorient différents graffiti marins destinés à grossir mon corpus angoulinois. Accompagnant ce catalogue d’inventaire j’essaie aussi d’y annexer quelques clefs de compréhension utiles à une glyptographie angoulinoise. Pour l’illustrer, je veux ici vous présenter l’un des graffiti marins que j’ai découvert (photo en haut).
Il s’agit d’un trois mâts armé. Sur sa coque figurent un peu moins d’une quarantaine de canons. Nous sommes donc en présence d’un vaisseau d’environ 70 à 80 canons au total. Considéré dans le contexte de sa représentation - sur le mur de ce fortin - le graffito est contemporain des manoeuvres anglaises en rade des Basques. Pour un début de glyptographie ce raisonnement est essentiel : on sait qu’à l’époque de la construction de la batterie napoléonienne vaisseaux, frégates, corvettes, brick et autres navires de guerre, dépendant d’une escadre dirigée sous les ordres de l‘amiral Gambier, croisaient en face d’Angoulins. Si on se permet de proposer le rapprochement du graffito avec les navires de cette période, la liste des navires est assez brève et on peut facilement espérer retrouver notre graffito : Abondant dans le sens de cette entreprise d’identification, les travaux de Luc Bucherie - notre correspondant et référent en matière de glyptographie - nous apprennent que les graffiti sont très souvent l’œuvre de spectateurs. Comme serait celle, par exemple, d’un garde-côte angoulinois qui a tracé dans le calcaire un des navires qui mouillait face au fortin où il montait la garde. Voici dans le tableau la liste de l’escadre de l'amiral Gambier.

Dans une notice je citais pour 1810 trois noms de navires chargés de casser le commerce maritime. Ils faisaient partie de l’escadre arrivée depuis mars 1809 dans la rade des Basques entre l’île d’Aix et La Rochelle. L’amiral James Gambier à la tête de cette flotte était assisté par les capitaines Harry Neale et William Bedford à bord du HMS Caledonia (120 canons, donc trop fortement armé pour être notre graffito). Il y avait aussi de nombreuses frégates mais dont il ne peut s’agir sur la représentation du fortin car ce type de navire ne comptait pas plus de 44 canons au mieux. Pourquoi pas alors un des vaisseaux de ligne de l’escadre comme le HMS Valiant cité dans l’épisode de septembre 1810 ? Ou le HMS Revenge qui est représenté ci-dessus ? Avec 74 canons, ils pourraient très bien être notre bateau-graffito tout comme d’ailleurs les autres vaisseaux de la même importance comme le Theseus, le Resolution, l’Illustrious, le Hero et le Bellona. Complétant cette armada, avec 80 canons chacun, le Caesar, le Donegal, et le Gibraltar pourraient aussi être notre navire mystère.
Ci-dessous le HMS Revenge, peut-être le navire figuré par notre graffito.

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